Première pièce symphonique véritablement ambitieuse. On trouve ici presque toutes les techniques qui seront utilisées dans la suite de mon travail, et particulièrement l'utilisation des schèmes de durées pour la conduite de la forme. A partir de cette symphonie, un long travail d'appropriation de la grande forme a commencé. C'est cette volonté, le "dur désir de durer" qui a conduit à la Cinquième symphonie, et à ses soixante cinq minutes. C'est aussi ce désir de la grande forme qui m'a obligé à trouver des types de proliférations des schèmes de durées qui caractérisent toutes mes oeuvres récentes. C'est à partir de cette époque (1979-1980) que j'ai compris que le temps devait jouer un rôle aussi important sinon plus important que l'espace. En effet, si l'espace, je veux parler des hauteurs, est fini, composé de 12, de 24, ou de 96 degrés, le temps, lui, est infini. La modulation d'un espace défini est limitée, celle d'un temps donné ne l'est pas.

 

En ce qui concerne l'orchestration, elle procède par blocs de timbres homogènes, car j'avais déjà compris que l'harmonie en micro-intervalles fabrique ses propres timbres, et qu'un mélange hétéroclite de sons instrumentaux tendrait à neutraliser ces timbres harmoniques premiers. Les instruments à vent sont accordés deux par deux à un quart de ton de distance, les cordes ne sont pas pré-accordées. C'est d'ailleurs la dernière fois que j'ai procédé ainsi, les difficultés d'intonation étant (en tous les cas à l'époque) presqu'impossibles à surmonter.

Alain Bancquart

 

 

Symphonie N°I (1981)