Symphonie N°V

Partage de Midi

 

La Symphonie doit son sous-titre au Cantique de Mesa de Paul Claudel, extrait du troisième acte de Partage de Midi, qui est utilisé dans la troisième partie de la symphonie, Cantique. Voici quelques extraits d'une étude écrite par Michel Rigoni pour le numéro des Cahiers du C.I.R.E.M. qui m'a été consacré en 1994:

 

"...Après analyse de la tradition symphonique, Alain Bancquart a acquis la conviction que la notion du temps se trouve privilégiée dans les périodes d'invention. Ainsi le travail sur une écriture intégralement basée sur des échelles de quarts de ton trouvera son plein épanouissement à travers la grande forme, par la longue durée.

La conscience de l'acquisition du temps musical a été illustrée magistralement par Brückner qui a développé un sentiment du temps, de la méditation musicale qui avait déjà été inauguré par le dernier Beethoven et les divines longueurs de la grande symphonie de Schubert.... Alain Bancquart aime l'idée d'une musique qui se résoudrait dans l'infini, une musique qu'il faut arrêter à un moment donné parce que notre perception tri-dimensionnelle ne nous permet pas de vivre l'extase d'un déroulement temporel ininterrompu. Ainsi la quatrième symphonie se terminait sur un crescendo puissant du tutti, qui pouvait être le début d'une nouvelle progression.

...Ce qui caractérise l'art symphonique (de Brückner) dans sa maîtrise de la longue durée c'est... la polarisation autour d'axes puissants, moments cruxiaux qui se déplacent d'une symphonie à l'autre...Dans la symphonie Partage de midi, la plus longue des symphonies de Bancquart d'une durée équivalente à celle de la septième de Brückner- une stratégie semblable est mise en oeuvre. Le "choral" des quatre alti dans le deuxième mouvement est la clef de voûte, lieu de partage de la symphonie en deux parties égales.

...Alain Bancquart admire tout particulièrement la présentation du thème initial de la septième de Brückner. Ce qui est frappant ici, outre l'ampleur, c'est que le développement dicte l'harmonie. Le thème semble s'harmoniser lui-même; la mélodie englobe toute la dimension musicale....Alain Bancquart a été marqué par une telle démarche; on le verra dans la mélodie des violoncelles qui débute la cinquième symphonie. Cette décantation du langage est particulièrement nécessaire dans le monde des micro-intervalles...

Quoique le deuxième mouvement de cette même cinquième symphonie, mouvement sous-titré"Danse", joue sur la vélocité durant une vingtaine de minutes la mise en valeur progressive d'une seule grande ligne mélodico-rythmique est encore une marque de la volonté de tendre vers une simplicité ( toute relative ).

 

( Michel Rigoni, Cahiers du C.I.R.E.M.1994)