Voici la conclusion d’une longue analyse de Grande mélodie et de Thène II  par Michel Fischer, Maître de conférence à l’Université de Paris IV, parue en 1994 dans la revue Les cahiers du C.I.R.E.M. qui m’était consacrée :

 

         Thrène II pour trio à cordes et Grande mélodie pour flûte seule d'Alain Bancquart ont révélé à l’étude la richesse d’un discours musical qui prend fait et cause pour une rigoureuse mise en adéquation d’identités paramétriques déduites d’une première exposition sensorielle clairement entendue en quarts de ton. Le dévoilement structurel révèle l’exigence d’une volonté organisatrice qui établit des points de ressemblance qui se développent, s’interpolent, se permutent, s’élident au fur et à mesure que la configuration sémiographique aide à en saisir l’identité première. Une nouvelle émancipation de la hauteur s’impose, elle aide à relativiser une remarque de Olivier Messiaen selon laquelle le plafond harmonique atteint ne saurait être dépassé avant deux cents ans. Thrène II et Grande mélodie élaborent, mais chacune à leur manière, une poétique de la mort et de la transfiguration du langage musical contemporain : elles rendent précieuse la démarche créatrice qui tire ses propres perspectives pour ne pas se laisser étouffer par les excès d’une combinatoire niant les principes élémentaires de la perception. Ces deux ouvrages cernent les étapes d’un constructivisme qui travaille sur les « fragments de temps », la réévaluation des durées et des échelles  infrachromatiques par la force vive qui accapare le compositeur dans un parti pris, seul garant de ses convictions musicales les plus intimes. En tant qu’aveux transposés d’une véritable libération de soi. Thène II pour trio à cordes et Grande mélodie pour flûte seule fustigent le caractère irrésolu et décadent des adeptes du déconstructivisme, s’insurgent contre les amusements pamphlétaires, refusent la vaine excitation des effets sensoriels gratuits. La réalité de cet univers musical si particulier méritait que l’on s’y attardât, jusqu’à céder aux faiblesses de l’explicatif.