Le Livre du soir

 

 

Entre 2010 et 2013, j’ai écrit quatre pièces qui ont été suscitées par la lecture d’un vers de Marie-Claire Bancquart : « Ce soir j’ai pensé fortement à la mort ». Ces pièces sont regroupées dans le Livre du soir.

 

- La première pièce du cycle s’intitule Lecture de ténèbres, septième symphonie, pour orchestre à cordes. (Lecture et non leçon, puisque c’est la traduction de lectio.)
Il s’agit d’une longue méditation dont la tonalité est claire, si l’on peut dire, dès le début : les contrebasses seules jouent pendant plus de deux minutes dans l’extrême grave, rejointes peu à peu par l’ensembles des cordes. À ce grand ensemble instrumental, répond un quintette soliste, placé au fond de la salle, qui agit comme un commentaire assez animé, peut-être un peu ironique. L’écriture des cordes est extrêmement précise, au plan technique ; non seulement les coups d’archets sont indiqués, mais aussi la vitesse de déroulement de l’archet. Je ne sache pas que ces indications aient jamais été utilisées. Pourtant, cette notion de vitesse d’archet modifie et précise considérablement le timbre et l’expression.
Lecture de ténèbres sera créée début Novembre prochain par l’orchestre du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, sous la direction de Pierre Strauch.

 

- La seconde, Travail de deuil, a été demandée par Pierre-Yves Artaud pour un concert à Hong-Kong, avec un ensemble curieux, composé de 2 flûtes, 2 hautbois, 4 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, 2 trombones, et clavecin. Des raisons de santé m’ont empêché de me rendre à Hong-Kong pour diriger la pièce comme j’y étais invité. Étant donné la formation « bizarre », il m’a semblé préférable, si je voulais entendre et faire entendre la partition, d’en faire une version plus « pratique », et je l’ai réécrite pour flûte solo et 24 flûtes. Cette version sera créée le 12 Mai 2014.
C’est probablement la seule musique à programme que j’ai jamais composée. La proposition de P.Y. Artaud a été faite le jour même de la mort d’un chat nommé Figaro, que nous avions recueilli un mois plus tôt. Je m’étais attaché à cet animal d’une manière très forte, et sa disparition m’a plongé dans une sorte de désespoir. La musique raconte les différentes étapes du deuil, du désespoir à la révolte, puis à une certaine sérénité triste.

 

- La troisième partition porte le titre du dernier poème de Cesare Pavese : La mort viendra et elle aura tes yeux.

Il s ‘agit d’un concerto pour violon et orchestre de flûtes, qui a été créé en 2012 par Sona Khochafian, avec l’Orchestre de flûtes français dirigé par Pierre Strauch.

La mort a pour tous un regard. La mort viendra et elle aura tes yeux. Ce sera comme cesser un vice, comme voir resurgir au miroir un visage défunt, comme écouter des lèvres closes. Nous descendrons dans le gouffre muets.
Je vois dans ce poème un acte d’amour, et non un message de mort. L’œuvre ne se veut pas sinistre ; elle tente, sous la forme concertante, de dire surtout l’infinie tendresse qui me semble être sous-jacente au poème. Je désirais depuis longtemps essayer de superposer le son des cordes à celui, si riche et troublant de l’orchestre de flûtes. L’accord en quarts de ton de l’orchestre permet de mettre en valeur le « tremblement » de l’harmonie microtonale qui sous-tend le chant du violon. On peut, si l’on veut, voir dans la fin de la pièce un hommage à celle du Concerto à la mémoire d’un ange.

 

- La dernière pièce du cycle parle de la vie ; la vie tragique et forte. Le titre de Violente Vie est celui d’un recueil de poème de Marie-Claire Bancquart, paru récemment au Castor Astral.
C’est encore un concerto, cette fois-ci pour violoncelle et orchestre de flûtes, qui a été créé le 22 Avril 2013 par Pierre Strauch et l’O.F.F. dirigé par Joël Soichez.


Si le concerto de violon se veut une œuvre de tendresse, il s’agit ici de violence, et de haute virtuosité. Que ce cycle qui s’inspire si longtemps de la mort se termine par l’évocation de la vie violente ne doit pas surprendre. C’est sans doute une réaction qui était nécessaire. La preuve aussi que l’idée de la mort n’est pas forcément pessimiste !
Comme c’est le cas pour le Livre du labyrinthe, les différentes parties du Livre du soir comportent des schémas, particulièrement rythmiques, et des éléments techniques communs. Par exemple, on peut comparer le début de la Septième symphonie avec le long dialogue entre le violoncelle et les 4 flûtes octobasses dans Violente vie.


Le concert monographique que l’O.F.F. va m’offrir le 12 Mai 2014 comprendra Travail de deuil, La mort viendra et elle aura tes yeux et Violente vie. Avec la création en novembre de Lecture de ténèbres, ce cycle aura été complètement créé.

from the rehearsal and the first performance of Violente Vie with  Pierre Strauch, Joël Soichez and the O.F.F.